Faire appel à un correcteur ? Bizarre ! – 2/3

 

Dans le précédent billet, nous avons vu ce que faisait un correcteur et comment.
Découvrons maintenant en quoi un correcteur professionnel indépendant est un entrepreneur comme les autres, avec une valeur ajoutée… et des frais :

 

Je suis bon en français (ou ma mère/sœur/cousine/voisine l’est) : pas besoin d’un correcteur professionnel

 

On ne s’improvise pas correcteur, pas plus qu’on ne s’improvise artisan. Il est aussi faux de dire qu’un professeur de français ou un étudiant en lettres est un bon correcteur que de dire qu’un peintre est un bon sculpteur, qu’un guitariste est un bon bassiste, qu’un acteur est un bon comédien, qu’un journaliste est un bon romancier… Les exemples sont légion. Il existe des passerelles indéniables entre tous ces métiers, et il y a certainement des personnes douées dans plus d’un domaine, mais il demeure aussi des différences fondamentales qui distinguent chacune de ces professions.

Pour commencer, mieux vaut garder à l’esprit qu’il est très difficile de repérer les fautes dans ses propres écrits, comme l’explique très bien cet article.

Dans le même ordre d’idée, il est bon de savoir qu’un logiciel de correction, quel qu’il soit, ne sera jamais en mesure de remplacer un correcteur humain : il vous soumettra des propositions (parfois ubuesques, mieux vaut être prévenu… et se méfier) en ce qui concerne les fautes d’orthographe, de conjugaison, de grammaire et la typographie, mais ne sera jamais en mesure d’appréhender le contexte dont il est question, pas plus que la cohérence de votre texte (je reviendrai sur ce point un peu plus bas).

Si être bon en français et muni d’un dictionnaire et d’un Bescherelle vous permettra de vérifier l’orthographe d’usage, les accords et la grammaire d’un texte, peut-être serez-vous moins à l’aise en ce qui concerne la ponctuation ou la typographie et ses nombreux pièges.

À titre d’exemple, avez-vous une idée du nombre de règles définissant l’usage des capitales ? Le blog « La langue française » en détaille pas moins de 28 dans ce billet. Oui, vous avez bien lu : 28. Vous pouvez aller vérifier !

Si toutes les règles et exceptions qui font le charme de la langue française vous semblent rébarbatives et tordues, rassurez-vous, les correcteurs les maîtrisent pour vous.

Vous allez me dire que c’est certainement aussi le cas de votre mère/sœur/cousine/voisine (ou votre père/frère/cousin/voisin, peu importe) prof de français, à la retraite ou non. Peut-être saura-t-elle aussi en quoi « de nouveau » et « à nouveau » diffèrent, quand utiliser « ceci » et « cela » (et autres « voici » et « voilà »), etc.

Par contre, il n’est pas certain que cette âme charitable, prête à vous donner un coup de main (gratuitement, tant qu’à faire) maîtrise sur le bout des doigts les règles relatives :

  • à l’usage des espaces (insécables ou non, par exemple) ;
  • à la graphie des nombres (quand doit-on les composer en toutes lettres, en chiffres arabes, en chiffres romains ?) ;
  • à la présentation des dialogues ;
  • etc.

Pas certain non plus que votre ange gardien pense à vous signaler que le 18 février 2021 tombe un jeudi, que le numéro de téléphone de la salle des fêtes de Triffouillis-les-Oies indiqué dans cette brochure est erroné, que la norme que vous citez comporte une erreur dans son intitulé, ou encore à vous interpeller si Jack, votre héros principal, s’appelle soudainement Jake, à partir de la page 23.

En revanche, nous, les correcteurs professionnels, qui avons suivi une formation spécifique et qui peaufinons chaque jour nos compétences, sommes là pour ça. En plus de débusquer les fautes d’orthographe, nous traquons aussi les contradictions, les anglicismes et les anachronismes.

Nous sommes aussi les farouches gardiens de l’homogénéité de votre texte. Par exemple, avez-vous remarqué que certains mots d’usage courant existent sous différentes formes ? À votre avis, doit-on écrire « tee-shirt » ou « T-shirt » ? « Petit déjeuner » ou « petit-déjeuner » ? « Événement » ou « évènement » ? Selon le contexte (et le dictionnaire que vous utilisez, parfois), ces différentes graphies sont valables, mais autant faire un choix.

Nous veillons au respect de votre style et de l’éventuelle charte graphique que vous avez établie, à la bonne numérotation des chapitres et des éléments auxquels vous faites référence, bref, à la cohérence globale de votre texte.

Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter cette fiche du CIDJ qui vous fournira quelques informations de base au sujet du métier de correcteur salarié (cas de plus en plus rare), qui exerce généralement en tant que travailleur à domicile pour le compte de plusieurs employeurs (éditeurs, presse ou agences de communication).

 

Être correcteur professionnel, ça ne coûte rien

 

Corriger un texte – voire le réécrire –, prend du temps, nécessite des compétences et de l’expérience acquises au fil des projets traités, un peu de matériel (livres, matériel informatique et bureautique, par exemple) et engendre divers frais.

Des frais fixes d’activité, tout d’abord, comme pour n’importe quelle entreprise :

  • téléphone (abonnement et matériel) et connexion Internet ;
  • compte bancaire ;
  • communication (hébergement et gestion de site Internet, réalisation de cartes de visite, par exemple) ;
  • transport ;
  • adhésion à un centre de gestion agréée ;
  • assurance professionnelle (responsabilité civile professionnelle) ;
  • éventuellement, mutuelle, assurance prévoyance et complémentaire santé ;
  • le cas échéant, assistance comptable et administrative.

Rien de tout cela n’est gratuit. Le montant de ces frais atteint rapidement près de 3 000 euros H.T. par an, soit 1,60 euro H.T. par heure de travail en moyenne (en considérant que la durée légale du travail est de 151,67 heures par mois, soit 1 820 heures par an).

Exercer une activité professionnelle en tant que travailleur indépendant rime avec gestion d’entreprise :

  • se faire connaître ;
  • effectuer des devis et des factures ;
  • gérer sa comptabilité, sa trésorerie et la paperasserie ;
  • piloter son activité…

Tout cela prend du temps. Temps qui n’est pas directement productif, et néanmoins (bien) occupé.

Par ailleurs, le statut de travailleur indépendant (profession libérale, exercée en tant qu’auto-entrepreneur, entrepreneur individuel ou autre) implique des charges sociales et fiscales.

  • Charges sociales :
    • RSI au titre de l’assurance maladie-maternité (l’équivalent de la Sécurité sociale des salariés) ;
    • CIPAV au titre de l’assurance vieillesse ;
    • URSSAF au titre des allocations familiales, de la formation professionnelle et de la CSG/CRDS.
  • Charges fiscales :
    • selon le statut choisi, le résultat d’activité (cas d’un entrepreneur individuel) ou le chiffre d’affaires (cas d’un auto-entrepreneur) est déclaré au titre des revenus du foyer et soumis à l’impôt sur le revenu ;
    • CFE (variable selon le lieu d’activité) ;
    • éventuellement, TVA (20 %).

Le montant de ces charges est lié au volume d’activité de l’entreprise (son chiffre d’affaires H.T.). Il est délicat de l’exprimer sous la forme d’un pourcentage précis du chiffre d’affaires, étant donné la diversité des modes de calcul possibles. On peut toutefois l’arrondir à 30 % (hors TVA), pour simplifier. Pour de plus amples de détails, le site de l’APCE pourra vous être d’un grand secours.

Et parce que les correcteurs sont comme vous, ils ont beau être passionnés par leur métier, ils l’exercent aussi pour en vivre : les prestations facturées, une fois les diverses charges listées retranchées, doivent leur permettre de dégager une rémunération. Cette dernière doit prévoir une provision pour congés payés, que l’on peut estimer à 10 % du chiffre d’affaires (la durée légale du travail s’étale sur 47 semaines, soit 90 % de l’année) : les travailleurs indépendants, comme les salariés, ont besoin de souffler de temps en temps, afin de rester efficaces.

Et n’oubliez pas : quand on est à son compte, une heure non travaillée est une heure non rémunérée.

 

Dans le prochain billet, nous parlerons d’argent et de considération :

  • Bon, en fin de compte, combien ça coûte, une prestation de correction ?
  • Le métier de correcteur mérite d’être reconnu à sa juste valeur

 

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