La chasse aux coquilles est ouverte !

 

L’une des nombreuses passions qui animent les correcteurs consiste à traquer les coquilles. Mais qu’est-ce donc que cette bête, au juste ?

En typographie, une coquille désigne une erreur de composition. À l’origine, il s’agissait exclusivement d’une erreur de distribution.

La distribution est l’opération consistant à remettre dans leur casse (casier en bois organisé en cases, appelées cassetins, destiné à contenir l’ensemble des caractères en plomb d’une même fonte*) les caractères en plomb, à l’issue d’une impression. L’erreur étant humaine, le typographe rangeait parfois par mégarde un caractère dans un emplacement non approprié, substituant une lettre à une autre. Le typographe suivant prenait alors dans un cassetin, sans s’en rendre compte, un caractère qui n’avait rien à y faire.

Aujourd’hui, le terme « coquille » n’est plus aussi pointu : on parlera plutôt d’erreur ou de faute de frappe ou de saisie. Ce terme désigne désormais une omission (aussi appelée « bourdon » dans le jargon des typographes), une addition ou une interversion de caractères.

 

D’un point de vu étymologique, de nombreuses légendes existent concernant l’origine de cet usage, apparu en 1723 dans La Science de l’imprimerie de Fertel ; voici quelques explications parmi les plus populaires (aucune n’étant réellement officielle).

  • Pour marquer l’accomplissement du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, une coquille Saint-Jacques était traditionnellement remise aux pénitents : la coquille symbolisait alors le rachat, la purification.

Tout comme les pèlerins, les imprimeurs voyageaient de ville en ville pour partager leur savoir : on retrouve ainsi de nombreuses références communes à ces deux univers (comme le fameux bourdon, cité plus haut, par exemple). De même, nombreux furent les imprimeurs à prendre la coquille pour emblème.

  • Afin d’échapper au gibet auquel ils étaient promis, de faux pèlerins sillonnaient les routes : on les appelait les coquillards, la coquille représentant dans ce cas la faute commise.

Quant à la Confrérie des Compagnons de la Coquille, il s’agit d’une violente bande de brigands de quelque 500 membres, qui compta notamment dans ses rangs François Villon, en 1455 ; ils commencèrent à sévir le long du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, utilisant un jargon codé connu d’eux seuls pour coordonner leurs mauvais coups au vu et au su de tout un chacun.

  • L’expression vieillissante « vendre ses coquilles » signifie littéralement tromper quelqu’un, lui vendre des choses sans valeur (à l’instar d’une coquille vide) ; un « vendeur de coquilles » est en fait un marchand, voire un arnaqueur.
  • Une lettre renversée, comme retournée sur elle-même, ressemble parfois à une coquille.
  • Les imprimeurs lyonnais s’appelaient eux-mêmes les Suppôts du Seigneur de la Coquille, la coquille étant pour eux une joyeuse farce.
  • Dernière anecdote, qui ne manque pas de sel… À l’issue d’une délibération sur le calibrage des œufs de poule à l’Assemblée nationale, le Journal officiel publia le texte avec une erreur typographique : la lettre « q » fut omise dans le mot « coquille ». C’est ainsi que le jargon argotique des typographes adopta « couille » et « coquille » comme parfaits synonymes, « coquille » étant tout de même considéré comme plus convenable.

 

Vous souhaitez en savoir plus sur les coquilles ? Vous trouverez les plus célèbres et curieuses ici.

Bonne lecture !

 


* Fonte : corps, style et graisse (épaisseur) d’une police donnée.

 

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